La Fédération Tunisienne des Directeurs de Journaux, en partenariat avec Savoirs Éco, Expertise France et l’Union européenne, a organisé, le 30 avril 2026 à l’Hôtel Kyriad Prestige Tunis, un atelier de co-création réunissant journalistes et chercheurs autour d’un objectif commun : faire sortir la recherche économique de son cercle académique pour la rendre plus accessible, plus lisible et plus utile au débat public.
Animée par Karim Benamor, cette journée a réuni des journalistes, des éditeurs, des économistes, des enseignants-chercheurs, des doctorants et des producteurs de données publiques. Elle a permis de rapprocher deux univers qui se croisent souvent, mais qui ne travaillent pas toujours ensemble dans des conditions claires : celui de la recherche et celui des médias.
En ouverture de la journée, Taieb Zahar, président de la FTDJ, a rappelé l’ambition de l’initiative : « Aujourd’hui, on passe à l’action. Il s’agit de mettre en relation le monde de la recherche, souvent confiné dans ses laboratoires, avec le monde des médias. » Pour lui, l’enjeu est clair : « rendre la recherche accessible au plus grand nombre » et l’orienter vers une production « plus appliquée » et « publiable ».
La journée a été structurée autour d’un principe simple : un policy brief, une étude ou un article académique ne doivent pas rester enfermés dans un PDF. Ils peuvent devenir un article, une infographie, une vidéo explicative, un débat radio, un reel, un podcast ou un format long. Les participants ont travaillé sur des sujets économiques concrets : informalité, dette publique, climat des affaires, chômage des jeunes, transformation digitale, intelligence artificielle, paiement mobile, concurrence bancaire, export, consommation responsable, géoéconomie ou encore développement régional.
Sofien Rejeb, membre de la FTDJ et directeur-rédacteur en chef du Point TN, a présenté le travail déjà engagé sur douze policy briefs produits dans le cadre de Savoirs Éco : transformation des PDF en documents exploitables, résumés en français, traduction en arabe et préparation de formats plus facilement utilisables par les journalistes. « L’objectif est de faciliter le travail du journaliste, pour qu’un policy brief puisse devenir un article, une vidéo ou un sujet lisible », a-t-il expliqué.
L’atelier a également permis de lancer plus concrètement la dynamique Passerelle Média. Pour Khaled Aouij, membre de la FTDJ, « aujourd’hui, c’est le début de Passerelle Média » et le début « d’une belle histoire » appelée à s’inscrire « sur le moyen et le très long terme ». Il a rappelé que la FTDJ entend jouer un rôle de point focal pour relayer, accompagner et conseiller les chercheurs dans leurs relations avec les médias. En clôture, il a insisté sur la nécessité de « continuer » et de « bâtir des liens ».

Au-delà de la diffusion, la crédibilité a été au cœur des échanges. Hédi Hamdi, membre du bureau directeur de la FTDJ, a souligné que les médias apportent aux chercheurs un élément essentiel : « la crédibilité ». Dans un environnement saturé par les réseaux sociaux, il a rappelé que le travail journalistique reste indispensable, y compris dans la presse spécialisée, qui « ne fait pas du volume, mais de la qualité ». Il a aussi invité les chercheurs à investir des sujets d’intérêt public encore insuffisamment documentés, comme le tourisme, l’Open Sky, l’importation automobile ou le modèle économique des médias.
La problématique soulevée par Habib Zitouna, président de l’ASECTU, a donné lieu à un débat de fond sur les conditions mêmes de la vulgarisation scientifique. Il a rappelé que la recherche académique n’a pas toujours le grand public comme cible naturelle, que les chercheurs ne sont pas formés à parler aux médias, et que la vulgarisation est « une discipline » à part entière. Il a également insisté sur les risques de confusion entre position personnelle, position institutionnelle et résultats scientifiques. Pour lui, médias et chercheurs doivent mieux comprendre leurs contraintes respectives, notamment lorsqu’il s’agit de chiffres, de nuances, de langue et d’interprétation.

La séquence consacrée à l’intelligence artificielle a constitué un autre moment fort de la journée. À partir d’exemples concrets, Karim Benamor a montré comment des outils comme NotebookLM, ChatGPT, Claude, Gemini ou Perplexity peuvent aider à comprendre une étude, repérer des chiffres, générer des pistes d’angles, préparer des questions ou produire des formats pédagogiques. Mais le débat a aussi rappelé les limites de ces outils : confidentialité des données, risques d’hallucination, vérification obligatoire des chiffres, perte de la voix éditoriale, et inquiétudes des chercheurs face aux détecteurs d’IA. La règle discutée est claire : l’IA peut accélérer le travail, mais elle ne remplace ni la rigueur scientifique, ni le jugement éditorial.
L’atelier s’est achevé par des exercices de production en binômes chercheurs-journalistes. Plusieurs groupes ont transformé des sujets de recherche en propositions éditoriales concrètes : vidéos courtes, articles explicatifs, séries radio, reels, infographies et formats web.
Certains groupes ont même produit un premier prototype vidéo en moins d’une heure, illustrant le potentiel immédiat de la co-création.
Cette journée marque ainsi une étape importante dans la construction d’un espace de collaboration entre médias et chercheurs.
L’objectif n’est pas seulement de publier davantage, mais de produire une information économique plus fiable, plus compréhensible et plus utile aux citoyens, aux entreprises et aux décideurs publics.