Le programme TACIR (Talents, Arts, Créativité, Inclusion, Recherche) vient de clore deux chapitres majeurs de son déploiement en Tunisie, à Meknassi et à Jemna. Bien plus que de simples cérémonies de clôture, ces événements marquent l’aboutissement de mois d’engagement pour la démocratisation des Industries Culturelles et Créatives (ICC). En combinant formation technique, incubation de projets et recherche scientifique, TACIR a jeté les bases d’un modèle de développement culturel durable, ancré dans les réalités territoriales de Sidi Bouzid et Kébili.
Meknassi : L’Épopée Cinématographique du Projet Ciné Rif
À Meknassi, l’expérience s’est étalée sur 32 mois, de août 2023 à mars 2026, sous l’impulsion de l’Association Arts à Meknassi. Le cœur battant de cette initiative fut le projet « Ciné Rif », qui a su structurer une offre culturelle inexistante jusqu’alors.
Le Bilan de la Formation et de l’Innovation (Training & Créa Innov) L’effort de renforcement des capacités a été colossal : le programme a mobilisé 24 formateurs et 11 mentors pour encadrer 159 bénéficiaires. Cette dynamique a permis l’éclosion du TACIR-Lab Meknassi, un espace de coworking devenu le pivot de la création locale. Sur le volet « Créa Innov », bien que la cohorte initiale de 9 projets ait été réduite à 5 projets actifs à la fin du parcours, la qualité des résultats est au rendez-vous. Des initiatives comme « Ya3tik Essaha », « Shamshi » et « Fort_ça » ont bénéficié de subventions (cash prizes) pour passer de l’idée à la réalité économique. Le bilan critique souligne toutefois une leçon précieuse : la nécessité de mieux cibler les profils en amont et de renforcer l’implication des jeunes femmes pour garantir une parité effective.
Le Volet Diffusion : La Mémoire en Images La composante « Diffusion » a trouvé sa plus belle expression dans la production du documentaire « Intej ». Ce film n’est pas qu’une œuvre cinématographique ; c’est un outil de médiation qui réhabilite le patrimoine immatériel de Sidi Bouzid. En projetant ce film au cœur de la ville, TACIR a transformé l’espace public en un lieu de transmission, où les chants et rituels ancestraux ont rencontré le regard des nouvelles générations, prouvant que la diffusion culturelle est le dernier maillon essentiel de l’appropriation citoyenne.
Jemna : L’Oasis Numérique et le Laboratoire Visuel
À Jemna, le programme s’est déployé sur 24 mois (avril 2024 - mars 2026) avec l’Association du Théâtre de la Ville de Jemna, se concentrant sur l’hybridation entre art et numérique.
Un Écosystème Connecté (Training & Créa Innov) Avec 16 formateurs et 13 mentors, Jemna a misé sur la qualité de l’accompagnement. Le TACIR-Lab Jemna, aménagé en six mois, est devenu un symbole de résilience au cœur du désert. Le volet innovation a permis d’incuber trois projets, dont deux ont atteint une maturité exemplaire. L’impact structurel est indéniable : la mise en place d’un kit méthodologique et d’un réseau de mentors garantit que les compétences acquises ne disparaîtront pas avec la fin du financement. Sur le plan de la communication, le programme a bénéficié d’une visibilité rare avec 14 articles de presse et plusieurs passages médiatiques nationaux, brisant ainsi l’isolement de Kébili.
La Résidence "Souar" : Un Nouveau Regard (Diffusion) La composante diffusion à Jemna a été portée par la résidence « Souar ». Sous l’œil de Nicène Kossentini, quatre films courts ont été produits, tels que « Stuck Pulse » ou « Enter the void ». Ces créations sont le résultat d’une immersion dans le territoire comme « palimpseste », une méthode qui a permis aux jeunes réalisateurs de diffuser une image de leur région loin des clichés habituels, alliant esthétique d’art et d’essai et enjeux sociaux.
TACIR Recherche : Une Idéologie de la Preuve par la Sociologie
L’une des forces distinctives de TACIR réside dans sa composante « Recherche », qui ancre l’action culturelle dans une rigueur scientifique. Lors des clôtures, la restitution des résultats de l’étude sociologique menée par des experts sur les inégalités d’accès à la culture a marqué les esprits. Cette étude a mis en lumière des disparités structurelles profondes dans les deux régions, révélant comment les barrières géographiques, économiques et sociales freinent encore l’émancipation créative.
En mettant l’accent sur cet aspect sociologique, TACIR s’inscrit dans un cadre idéologique fort : celui de la « culture comme droit humain ». Le programme ne s’est pas contenté de proposer des activités ; il a produit de la donnée scientifique pour comprendre les freins à la participation culturelle. Cette approche permet de passer d’une culture de « divertissement » à une culture de « transformation sociale ». Les résultats présentés à Meknassi et Jemna servent désormais de feuille de route pour les politiques publiques locales, prouvant que l’intervention culturelle, pour être efficace, doit être précédée et accompagnée d’une analyse sociologique fine des besoins des populations marginalisées.
L’Effet Papillon et l’Héritage Durable
Au terme de ces deux expériences, le bilan de TACIR dépasse largement les chiffres de formation ou les montants investis. Le programme laisse derrière lui des infrastructures pérennes (les Labs), des réseaux de mentors mobilisables et, surtout, une méthodologie de travail éprouvée. Comme l’a souligné l’équipe lors des bilans, « l’effet papillon » de TACIR ne disparaîtra pas. En conjuguant la sensibilité de l’art, l’efficacité de l’innovation numérique et la rigueur de la recherche sociologique, TACIR a prouvé qu’investir dans la culture en région n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue pour construire une société tunisienne plus inclusive, résiliente et consciente de sa propre valeur créative.
